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28 mars 2007 3 28 /03 /mars /2007 15:09

Au terme d’une longue évolution, le conte est passé de l’oral à l’écrit pour devenir un genre littéraire à part entière. De ses origines immémoriales et de sa place dans le discours il recèle une part de fascination et de mystère que les approches intellectuelles, toutes disciplines confondues, ont bien du mal à rendre compte.

 

Le conte appartient aux traditions orales. Sa particularité réside dans son succès en littérature dès le 17ème siècle. En effet, dès 1695 Charles Perrault met le genre à l’honneur avec ses « Contes de la mère l’oye » suivi de près par le succès de la traduction des « Contes des mille et une nuits » de Galland entre 1704 et 1717…

 

La collecte et la transcription des contes se sont faites avec plus ou moins de bonheur et de rigueur sous la plume de quelques célébrités notamment : Perrault, Grimm, Andersen.... Elles auront permis de sauver ces contes de l'oubli mais malheureusement de figer quelques versions édulcorées à l’attention du public jeune. Ces contes eux même revisités par le talentueux Walt Disney sont désormais, si l’on en croit les puristes, vidés de leur sens originel. Ils n’en demeurent pas moins vivants et bien enracinés dans la mémoire collective !

 

En tout cas, ce travail de collecte aura permis de réunir la matière première à des travaux, disons plus savants, sur l’origine et la circulation des contes, les diverses variations d’un même récit, les typologies de contes, la morphologie des contes, leur portée pédagogique et morale et leur interprétation psychanalytique.

 

Mais revenons aux origines ! Les contes populaires relèvent du folklore au même titre que :

 

- Les fêtes, les danses, les jeux…
- Les costumes, les instruments de musique, les arts plastiques populaires…
- Les croyances populaires et les superstitions, les prières, les exorcismes, les rites…
- Les recettes de cuisine…

 

Le conte populaire relève du folklore verbal, au même titre que :

 

- Les chansons (berceuses, ballades…)
- Les proverbes et les dictons
- Les rondes, comptines, devinettes, formules pour amuser les bébés…
- Les salutations, bénédictions, jurons…
- Les formules juridiques, météorologiques, les formules de médecine populaire…

 

Le conte populaire est un récit au même titre que :

 

- Les mythes, les légendes, les sagas (récits épiques), les anecdotes biographiques… [1]

 

Dans le passé, le conte était une pratique sociale. Elle est désormais reléguée aux sphères du spectacle et de l’animation culturelle, du moins dans notre société. On possède peu d’indices sur la pratique du conte, en tout pas suffisamment pour conduire une étude ethnographique approfondie. Les collecteurs se sont évidemment plus centrés sur le contenu des contes que sur l’art des conteurs.

 

Il nous en reste donc l’image d’Epinal de la veillée, une image déformée, réductrice car on conte visiblement dans toutes les classes de la société. Les quelques analyses sur le sujet montrent que « le contage se pratique selon un système à 3 paramètres principaux :

 

- Le cadre des réunions (lieu, saison, heure, occasion)
- La sélection des participants (elle-même opérée en fonction du sexe, de la classe d’âge et de la profession
- La répertoire

 

[…] Dans l’ensemble, les milieux de contage peuvent se regrouper en 3 principaux :

 

- les communautés de travailleurs itinérants : soldats, marins, pêcheurs, bergers, bûcherons, colporteurs, gitans…
- Les séjours temporaires forcés : prison, hôpital, service militaire…
- Les communautés de travail ou de loisirs à l’intérieur du village. » [1]

 

A l’époque on conte pour rire, pour jouer, mais aussi pour informer, entretenir les croyances et la morale, enfin pour éduquer. Le conte relève du récit initiatique. On peut classer ces contes en différentes catégories : contes facétieux, contes d’animaux, contes merveilleux, contes philosophiques et contes fantastiques.

 

Au delà de la curiosité intellectuelle, l’intérêt du conte réside bien dans l’art du conteur. « Parole vivante, le conte est inséparable d’un corps. Les intonations du récitant, le timbre de sa voix, ses silences et ses pauses, les accélérations brusques et les lenteurs calculées de la narration, les gestes qui prolongent le message, le dramatisent ou le nuancent, voilà ce qui fait le charme du conte, un charme si fort qu’il crée autour du récitant un véritable cercle magique. » [2]

 

Si les chercheurs se sont si peu intéressés au travail du conteur c’est qu’ils se sont surtout centrés sur l’étude de la morphologie du conte. La tentation était forte de dégager une structure de référence universelle qui permette d’interpréter l’ensemble du corpus.

 

Ce travail de dissection laisse un peu sur sa faim, les principaux auteurs : Propp, Dundes, Greimas, Brémond, Larivaille ont bien du mal à dégager une analyse commune et définitive. Pour les contes comme les mythes, les approches pluri disciplinaires brouillent les pistes et la confusion sert des approches simplificatrices.

 

Voici la synthèse que proposent des professeur de l’Ecole Normale à l’attention de leurs collègues instituteurs : « Il s’agit de donner une méthode de classement utilisable par les élèves et qui rende compte du plus grand nombre possible de récits qui présentent des caractéristiques du genre. » [3]

 

Ils distinguent ainsi 3 étapes :

 

- Situation initiale négative : le héros commet une faute ou se trouve dans une situation problématique

 

- Le passage (action centrale) : le héros est puni ; il est sauvé ou doit accomplir des épreuves sous forme d’une quête initiatique

 

- Situation finale positive : mariage, glorification du héros

 

Ce modèle simplifié à l’usage des scolaires facilite certainement la compréhension des enfants mais il ne rend pas compte des analyses et des tensions que réveille l’étude du conte.

 

Enfin, les contes, ces histoires que l’on nous raconte depuis notre plus jeune âge sont remplis de sagesse. Ils nous disent les conduites à tenir en parlant à notre inconscient, ils nous façonnent, nous aident à grandir, parfois à guérir de nos vieilles blessures d’enfant parce qu’ils ne s’adressent pas seulement aux jeunes enfants mais aussi à l’ex-enfant que nous étions. Les contes de fées notamment ont suscités au cours des dernières années des études psychanalytiques qui nous éclairent sur leur symbolisme. En reconnaissant l’existence d’un inconscient collectif dont les éléments dépassent l’individu, l’étude psychanalytique permet de déceler dans les contes des significations d’une valeur constante et des enseignements d’une large portée.

 


[1] Michèle Simonsen - Le conte populaire français - Que sais-je ? - 1981

 

[2] Universalis – Encyclopédie thématique – Volume 3 – 2005

 

[3] Lire et écrire des contes – Livre du maître – Bordas 1992

 

C.G Jung
Bruno Bettelheim – Psychanalyse des contes de fées
Marie Louise Von Franz – L’interprétation des contes de fées

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Published by gilles barba - dans ARCHIVES LIVRES
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