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26 novembre 2007 1 26 /11 /novembre /2007 13:42

Comment avaler « Guerre et paix », un pavé de la littérature russe de quelques 1500 pages ? En restant 8 heures devant son petit écran, voyons !

On parle alors d’adaptation, de vulgarisation - et pourquoi pas de produit dérivé - mais plus tout à fait de littérature.

Pourtant cela pourrait au moins avoir l’intérêt d’introduire l’œuvre auprès de futurs lecteurs en stimulant des images bien réelles à propos de l’univers dans lequel se déroule l’épopée.

Car ce n’est pas une mince affaire de se plonger dans l’univers des batailles napoléoniennes et de l’aristocratie russe du 19ème siècle sans avoir jamais ouvert le plus modeste livre d’histoire, sans jamais s’être intéressé à l’histoire militaire et celle du costume par exemple, sans jamais avoir feuilleté l’iconographie et les tableaux d’époque…

Bon, les scènes de batailles sont un peu falotes et quelques blogueurs exultent « Dans guerre et paix, il y a guerre ! » ; d’autres, plus complaisants parlent « d’images soignées ». Qu’importe, les images font leur chemin. Le lecteur pourra enfin se faire une représentation réaliste.

Petite introduction à Léon Nikolaïévitch Tolstoï (1828-1910)

« Romancier dont le génie créateur, nourri par un vitalisme instinctif, a toujours été dominé et dirigé par le besoin d’une règle de conduite absolue, Tolstoï s’est tourné dans la seconde moitié de sa vie vers la prédication d’un christianisme renouvelé, ramené à la stricte observance de la loi d’amour, au nom de laquelle il condamne les structures économiques, sociales et politiques du monde moderne et les formes d’art qui en sont le fruit. Cette intransigeance rigoureuse de l’exigence morale appliquée à tous les domaines de la vie individuelle et collective a fait de Tolstoï l’un des maîtres spirituels du 20ème siècle naissant. »

Voilà l’accroche de Michel Aucouturier dans l’Encyclopédie thématique Universalis. Ca décoiffe ! Son parcours en deux mots :

Fils d’aristocrates, ses parents disparaissent tous les deux pendant sa prime enfance, ce sont ses tantes qui l’élèvent. Il démarre des études de philologie, puis de droit avant de rejoindre l’armée comme son frère aîné. Il est alors envoyé, en 1851, aux marches de l’empire pour des opérations de pacification. Il participe ensuite à la guerre de Crimée.

Très centré sur lui même, la littérature devient un outil d’auto-analyse. Ses premiers textes sont fondés sur ses expériences. Ils sont criants de réalisme. Ils tentent de fixer par ailleurs la psychologie des personnages, d’en tirer de grandes lois sur le développement de la personnalité. « Les cosaques »  est justement l’un des ouvrages de cette époque.

Premier grand succès de Tolstoï, « Les cosaques » décrit les aventures d'un jeune militaire Russe quittant Moscou pour faire campagne dans le Caucase. Là bas, il devra s'immerger totalement dans la culture Cosaque, et il ressentira ses premiers sentiments amoureux...

Roman de la liberté et de la force vitale, les cosaques nous met aux prises avec une nature libre de toutes contraintes, et un peuple en parfaite harmonie avec celle-ci. Les personnages sont attachant (notamment le vieux colosse Cosaque qui nous fascine et nous amuse par son comportement profondément libre et indépendant), et on est balayé par une grande bouffée d'air pur et sauvage durant la lecture...

Démobilisé, il contribue à un journal, « Le Contemporain », tourné vers le libéralisme occidental. Il prendra vite ses distances vis à vis de la rédaction et les intellectuels progressistes. Il se tourne alors vers des activités plus sociales : il tente d’affranchir ses serfs puis exerce des fonctions de juge de paix en soutenant les paysans, crée une école et s’intéresse de prêt à l’éducation populaire.

Viennent ensuite ses grands romans.

« Guerre et paix » coïncide avec le cinquantième anniversaire de la victoire sur Napoléon. Le livre est écrit entre 1863 et 1869. C’est une œuvre patriotique difficile à résumer en quelques lignes. L’action se déroule de 1805 à 1820. Elle met en scène plusieurs étapes des relations franco-russes. Les scènes de batailles sont centrales : Schoengraben, Austerlitz et Borodino. Tolstoï décrit aussi la Russie tsariste. Les personnages de cette épopée sont très nombreux. Il est difficile de s’attacher à un héro en particulier si ce n’est peut être Pierre Bézoukhov qui sert de fil conducteur.

Le portrait de Napoléon casse le mythe du héro visionnaire qui dirige les évènements. Napoléon est pris par le destin et l’apparente défaite russe n’est que le début de la débâcle. Napoléon a été attiré dans un piège qui s’est refermé sur lui.

Autre roman d’anthologie, « Anna Karénine » (1873-1977). Le suicide d’une voisine lui inspire le sujet du livre, celui d’une femme adultère acculée au suicide.

Anna Karénine est la peinture même de l’amour tragique. Plus largement c’est aussi un panorama de la Russie des années 1870. Le roman est long à sortir, Tolstoï, est pris par les affres de la dépression et trouve un remède dans la pratique religieuse. Il se lance alors dans l’exégèse des textes du Nouveau Testament et ramène le message du Christ à une règle de vie fondée sur deux principes : l’amour de Dieu et celui de son prochain.

Anna n'est pas qu'une femme, qu'un splendide spécimen du sexe féminin, c'est une femme dotée d'un sens moral entier, tout d'un bloc, prédominant : tout ce qui fait partie de sa personne est important, a une intensité dramatique, et cela s'applique aussi bien à son amour. Elle n'est pas, commeEmma Bovary , une rêveuse de province, une femme désanchantée qui court en rasant des murs croulants vers les lits d'amants interchangeables. Anna donne à Vronski toute sa vie. Elle part vivre avec lui d'abord en Italie , puis dans les terres de la Russie centrale, bien que cette liaison notoire la stigmatise, aux yeux du monde immoral  dans lequel elle évolue, comme une femme immorale. Anna scandalise la société hypocrite moins par sa liaison amoureuse que par son mépris affiché des conventions sociales.

Il découvre Moscou en 1881. Le spectacle de la misère urbaine lui inspire effroi et condamnation. Sa réponse n’est pas celle de révolution mais celle de la philanthropie. D’un point de vue strictement artistique, il prône un art populaire et non pas élitiste.

« La dénonciation du message social, qui domine l’œuvre des dernières années, s’accompagne d’une mise à nu de la condition humaine dont l’accent pessimiste est cependant tempéré par le thème constant de la conversion spirituelle. […] En conflit ouvert avec les autorités civiles et religieuses (qui l’ont excommunié en 1901), Tolstoï est cependant protégé par l’immense autorité morale dont il jouit dans le monde. » Il meurt en 1910.

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Published by gilles barba - dans ARCHIVES LIVRES
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