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12 décembre 2007 3 12 /12 /décembre /2007 07:19

"Théodore Monod, un destin nomade". Le reportage de Maximilien Dauber sur FR3 commence avec une image saisissante : Théodore Monod, assis sur un pliant, au milieu du désert. Théodore Monod, le dernier savant nomade, explorateur infatigable, fou des sables regarde au loin comme on regarde le large.

Il y a d’ailleurs selon lui un sentiment commun face à cette immensité. Le sable est une roche liquide dit-il. Les grains de quartz, arrachés à la roche mère, se promènent par vague à l’échelle de l’Afrique. Le réalisateur lui même dit avoir filmé une expédition hauturière. C'est tout dire sur ce qui relie les deux éléments : la mer et le désert !

« Le désert en tant que tel est très émouvant. On ne peut rester insensible à la beauté du désert ; le désert est beau parce qu’il est propre et ne ment pas, sa netteté est extraordinaire ; on est jamais sale dans le désert…..Il est presque impudique, le sol ne s’y montre recouvert d’aucun couvercle végétal. Il montre son anatomie avec une impudeur prodigieuse…..Le désert appartient à ces paysages capables de faire naître en nous certaines interrogations, au fond, j’aurai été l’un des derniers voyageurs sahariens de la période chamelière. Une secrète mélancolie s’attache aux choses qui meurent quand on les a beaucoup aimées. »

Voilà donc quelques images de sa dernière grande expédition saharienne en 1996 au Tibesti. A 94 ans, il refait le chemin qui le conduisit 56 ans plus tôt à la découverte d’une fleur exceptionnelle qui porte désormais son nom : la monodiella.

 “Nous sommes à la mi-août, en été quant au calendrier ; en fait, c’est le printemps du pays. Les énormes buissons globuleux de l’euphorbe balsamifère forment le fond du décor accompagné d’autres arbustes et de mille espèces herbacées aux fleurs de coloris souvent délicat, rose, bleu, jaune, orangé. Des bandes de merles métalliques jacassent dans les mimosas, chargés parfois des nids suspendus des tisserins. Sur le sol, d’innombrables petites lignes jumelles, vraies voies ferrées en miniature, décèlent le passage de millepattes géants. Des champignons : et pas de ces boules coriaces, parcheminées, juchées sur un pied ligneux et grêle, qui pullulent au désert et se nomment tylostomes, non, de vrais champignons, honnêtes, catholiques, avec un brave pied charnu, comme tous les gens “bien”, et comme eux un vrai chapeau doublé de vrais feuillets.”
Théodore Monod est né à Rouen en 1902, fils d’un pasteur protestant. Il gardera toute sa vie un intérêt pour les questions théologiques et spirituelles mais sa vie professionnelle sera toute entière consacrée aux sciences naturelles. C’est un enfant précoce qui sillonne le jardin des plantes. Mais c’est alors qu’il termine sa thèse qu’il vit un grand drame passionnel qui l’amène à tout quitter et partir dans les colonies pour effectuer son service militaire. « Le désert on y vient par chagrin » commente un invité.

Il se marie avec Olga Pickova, une étudiante tchèque qui est la jeune fille au pair. Elle sera toujours présente pour le soutenir dans sa passion. Ambroise Monod, son fils cadet retrace avec émotions et bienveillance le parcours de son père.

Pendant la seconde guerre mondiale, il entre en résistance, quitte Dakkar où il a fondé l’IFAN, l’Institut Français d’Afrique Noire et s’infiltre en Lybie avec le général Massu. Il détourne sa mission en randonnée botanique.

Il traverse le Sahara de long en large. Méharées raconte quelques unes de ses premières aventures qui le rendront célèbre.

Méharées reste le plus célèbre des livres de Théodore Monod, spécialiste incontesté du désert, qu'il parcourt depuis plus de soixante-dix ans à dos de chameau ou à pied. Ce scientifique exemplaire n'a pas son pareil pour évoquer les paysages mauritaniens, pour raconter ses longues méharées dans les dunes, pour décrire la faune, la flore, l'histoire ou la préhistoire de ces régions où, dans les années trente, il entendit parler d'une mystérieuse et gigantesque météorite qu'il ne cesserait de chercher, durant un demi-siècle, avec une insatiable curiosité.

Son périple en Mauritanie, 900 km sans aucun point d’eau restera célèbre et c’est cette image de marcheur du désert que le grand public retiendra de lui.

Plus tard il rejoint Auguste Picard – qui inspira le professeur Tournesol à Hergé - qui vient de créer le bathyscaphe pour partir à la découverte des fonds sous-marins. A cette occasion il croisera le chemin d’une autre grande personnalité, Jean Jacques Cousteau.

Théodore Monod est aussi réputé pour ses engagements écologiques et humanitaires. On le voit militer contre le nucléaire devant la base de Taverny, il tente aussi d’arrêter le Paris-Dakkar aux portes de Paris.

Il a une vision universaliste et il a cela de commun avec Pierre Teilhard de Chardin qu’il fréquenta d’être dans une quête de la transcendance et de l’immanence. Il est allé au désert pour des raisons sociales et professionnelles. Son besoin de solitude et sa sensibilité spirituelle lui ont permis de garder la tête dans les nuages.

Retrouvez plus d'information sur la biographie de théodore Monod sur ce site très renseigné , sur le trekking dans le désert avec de très belles images et si vous souhaitez élargir cette lecture voici une bibliographie sur les déserts et enfin une  autre centrée sur le Sahara.

 

 

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Published by gilles barba - dans ARCHIVES LIVRES
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