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19 décembre 2007 3 19 /12 /décembre /2007 07:36

Je suis revenu des Ardennes avec un Julien Gracq dans les bagages. Il a disparu au cours des fêtes de fin d’année 2008 et Yanni Hureaux dans le journal l’Ardennais rendait un vibrant hommage à celui qui dépeignit si bien la forêt ardennaise dans « Un balcon en forêt ». Ce roman traduit l’attente incrédule de l’offensive allemande de 1940. Il rappelle sans nul doute un autre grand roman de la solitude et de l’attente : « Le désert des tartares » de Dino Buzatti.

Quelques jours plus tôt c’est un tout autre décor que Pierre Boutron plantait avec « Le silence de la mer ». J’aurais préféré « Papy fait de la résistance », histoire d’en rire ! Mais Vercors porte sur les évènements un regard particulièrement émouvant, sensible mais aussi très engagé à condition de se replonger un peu dans l’époque !

En réalité le scénariste et le réalisateur ont enchâssé deux nouvelles « Le silence de la mer » et « Ce jour là ». Ils opposent ainsi d’une certaine façon deux attitudes face aux nazis. D’un côté la résistance passive, celle du silence intransigeant et sans compromission des patriotes face à l’occupant. De l’autre, une résistance active et courageuse, celle des attentats. Quelques ronchons ont trouvé que cette adaptation ne valait pas celle de Melville. Peut être leur aura-t-il manqué le tic-tac de l’horloge qui rend le silence plus pesant ?

Vercors est le pseudonyme de Jean Buller. C’est jusqu’en 1940 c’est un illustrateur. Mais au début de l’occupation, l’un de ses amis de longue date, Pierre de Lescure, lui-même romancier, lui fait admettre que le silence n’est pas la bonne attitude. Que c’est aller dans le sens de la volonté nazie qui est de prouver que la France n’a que des voix soumises et une pensée esclave. C’est ainsi qu’il écrit puis publie en 1942 « Le silence de la mer ». Pas facile dans une France occupée ! Le livre est tiré à 300 exemplaires, 100 seront vendus sous le manteau et 200 seront saisis par les allemands au passage en zone libre. Cette aventure éditoriale donnera plus tard naissance à une grande maison : les Editions de Minuit.

Difficile d’imaginer toute la subversion de cette nouvelle, hors contexte. D’autant que le regard distancié sur les évènements, le style fluide, simple, sans fioriture, l’absence de débat d’idées si ce n’est les longs monologues d’un officier allemand idéaliste brouillent un peu les pistes. C’est encore plus vrai pour « Ce jour là ».

La guerre est une guerre éclair. L’offensive allemande a surpris l’état major et dans une France coupée en deux certains penchent pour un rapprochement avec l’Allemagne nazie. Mais n’y-a-t-il pas tromperie sur le discours et les intentions des allemands ? Voilà bien l’occasion d’éclairer et de convaincre les indécis sur la vraie nature de la guerre. C’est aussi un appel à la résistance.

Un jeune officier pétri de culture française réquisitionne un logis. Le vieil homme et la jeune femme qui l’occupent lui opposent un mutisme digne. Loin de s’effaroucher, soir après soir, le jeune officier soliloque sur la culture française et les vertus du rayonnement possible d’un couple franco-allemand. Mais une brève permission à Paris, ses discussions avec d’autres officiers démontent ses illusions. L’Allemagne est belle et bien enragée, elle souhaite écraser et humilier la France. Une main de fer dans un gant de velours ! De dépit il décide de s’engager sur le front de l’Est. Il recevra un timide mais sincère écho à son adieu.

En 1967 dans un ouvrage intitulé « La bataille du silence », Vercors écrivait : « Je tenais mon sujet. L’allemand serait donc sympathique. Le meilleur des allemands possible. Les français d’abord glacés, se laisseraient émouvoir, peu à peu persuader. Cela se sentirait à travers les sentiments d’une jeune fille, qui de la haine froide évoluerait vers une sorte d’attirance retenue ». Plus loin il revient sur son officier et dit finalement « c’est le moins pire des allemands ».

Vercors s’inspire de faits réels. Comme dans son, sa maison sera occupée par un officier aimable, souriant, qui parlera de « l’âme de cette maison ». Comme dans son récit, un autre allemand dira au cours d’un dîner : « Laissez donc les français s’endormir sur leurs illusions. Pour les anéantir il faut d’abord limer leurs griffes. Vous ne comprenez pas que nous les roulons ? ». Pour la jeune fille, là encore Vercors parle de sources personnelles. Il avait rencontré, dans ses 18 ans une jeune fille de 15 ans, juive, excellente musicienne qui sera déportée et dévorée par le monstre nazi…

« Ce jour là » est une nouvelle émouvante. Elle décrit la promenade d’un père et de son fils dont on sent imperceptiblement, à quelques indices, qu’elle a quelque chose de particulier : un géranium posé sur le rebord d’une fenêtre, des poignées de mains soutenues, insistantes, de brèves réflexions à voix hautes qui raisonnent comme un testament, une balade qui traîne en longueur…et puis soudain, c’est chez une vieille voisine que le père et l’enfant se rendent, c’est grâce à des bribes de conversassions volées derrière la porte qu’on comprend – mais l’enfant insouciant le saisit-il ? – que la mère a été arrêtée et que le père boucle vite une valise pour la rejoindre sur le quai de la gare pour prendre un train…

Pour finir, signalons en passant que la même année 1942 paraissaient aussi « L’étranger » de Camus, « Pilote de guerre » de St Exupéry, « Les mouches », de Sartre « Le cheval blanc » d’Elsa Triolet et « Choix de poèmes » d’Eluard.

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Published by gilles barba - dans ARCHIVES LIVRES
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