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8 septembre 2008 1 08 /09 /septembre /2008 08:08

Voilà 10 ans, 12 peut-être, que je vadrouille dans les Ardennes, que je hante les bouquinistes de Charleville – je pousse parfois jusqu’à Redu en Belgique ; je les retrouve aussi au marché Brassens, rue Brancion à Paris ou sur le Salon du livre et des vieux papiers à l’espace Champerret – que je retourne leurs étagères, que je farfouille dans tous les recoins, que je fais vaciller leurs piles de romans, de revues et de vieux papiers mais il y a bien un fond que je n’ai jamais exploré, c’est le fond local et encore moins ce qui touche à l’idole : Rimbaud. Je ne suis pas spécialement sensible à la poésie – en tout cas pas celle-ci – mais la destinée de cet homme dans tous ses excès, ses hallucinations puis dans son rigorisme, sa recherche le l’excellence littéraire me rappellent un peu mes chemins de traverse. C’est avec d’autant plus de délice que j’ai mis mes pas dans les pas d’Arthur Rimbaud. Si vous le souhaitez, emboîtez moi le pas ! Commençons par une petite visite de la ville :

À la Musique

Place de la Gare, à Charleville.

 

Sur la place taillée en mesquines pelouses,

Square où tout est correct, les arbres et les fleurs,

Tous les bourgeois poussifs qu'étranglent les chaleurs

Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses.

 

L'orchestre militaire, au milieu du jardin,

Balance ses schakos dans la Valse des fifres :

Autour, aux premiers rangs, parade le gandin ;

Le notaire pend à ses breloques à chiffres :

 

Des rentiers à lorgnons soulignent tous les couacs :

Les gros bureaux bouffis traînent leurs grosses dames

Auprès desquelles vont, officieux cornacs,

Celles dont les volants ont des airs de réclames ;

 

Sur les bancs verts, des clubs d'épiciers retraités

Qui tisonnent le sable avec leur canne à pomme,

Fort sérieusement discutent les traités,

Puis prisent en argent, et reprennent : "En somme !..."

 

Épatant sur son banc les rondeurs de ses reins,

Un bourgeois à boutons clairs, bedaine flamande,

Savoure son onnaing d'où le tabac par brins

Déborde — vous savez, c'est de la contrebande ;

 

Le long des gazons verts ricanent les voyous ;

Et, rendus amoureux par le chant des trombones,

Très naïfs, et fumant des roses, les pioupious

Caressent les bébés pour enjôler les bonnes...

 

Moi, je suis, débraillé comme un étudiant,

Sous les marronniers verts les alertes fillettes :

Elles le savent bien ; et tournent en riant,

Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes.

 

Je ne dis pas un mot : je regarde toujours

La chair de leurs cous blancs brodés de mèches folles :

Je suis, sous le corsage et les frêles atours,

Le dos divin après la courbe des épaules.

 

J'ai bientôt déniché la bottine, le bas...

Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres.

Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas...

Et je sens des baisers qui me viennent aux lèvres...

 

Le musée

Le collège

La sépulture

Tout commence avec la « Vie d’Arthur Rimbaud ». C’est surtout la préface de Michel Drouin que je retiens. Les auteurs, Jean Bourguignon et Charles Houin, font parti des tout premiers à partir sur les traces de Rimbaud et de faire la part du vrai et du faux sur les histoires et les ragots qui courent sur son compte.


Nous sommes en 1896, Paul Verlaine vient de mourir, les témoins de leurs tribulations sont partagés et leurs correspondances sont encore éparpillées. Et qui plus est, du fin fond des Ardennes la « mère Rimb » et sa fille Isabelle font paravent pour protéger la postérité d’Arthur. Elles enjolivent, inventent, mentent, imposent leurs témoignages aux érudits locaux. Elles n’auront pas d’emprise sur Jean Bourguignon et Charles Houin qui s’appliquent avec méthode et honnêteté à brosser un portrait juste et sincère en rencontrant les témoins, en critiquant les sources si nécessaire ce qui ne sera visiblement pas toujours facile. Leurs articles paraîtront dans la «Revue d’Ardenne et d’Argonne. Ils ont été récemment compilés pour donner cette vie d’Arthur Rimbaud. Malgré leur rigueur scientifique, ils édulcorent curieusement les amours tumultueuses, sulfureuses, graveleuses … de Rimbaud et Verlaine. Cette complaisance et cette bienveillance témoignent du respect dû au génie. Leur histoire est tellement incroyable qu’elle en devient inconcevable peut être !

Pour en revenir à Rimbaud, ses années ardennaises, ses années de formation dévoilent un surdoué, une intelligence brillantissime. C’est la coqueluche de son collège et de ses professeur – en tout cas celui de rhétorique – il s’avèrera plus tard, dans une seconde vie un autodidacte en langue vivante et en technologies.

Tout au long de ces années, plane l’ombre de Vitalie Rimbaud, une paysanne ardennaise, qui se trouve prématurément à devoir élever frères et sœur et organiser la vie domestique de la ferme familiale de Roche dans à la limite de l’Argonne. Elle se sent spolié lorsque son frère s’empare de la ferme et la met à la porte avec leur père. Elle se fait mal à Charleville. Son mariage avec capitaine Frédéric Rimbaud est un échec. De garnison en garnisons, de guerre en guerre, il brille par son absence. Leurs brèves liaisons agrandissent une famille qu’il abandonne littérairement. Vitalie veille sur sa progéniture, la couve…trop. Elle contrôle absolument tous leurs faits et gestes, leurs fréquentations, leur éducation, leur scolarité…Arthur a des mots durs envers elle. C’est la parole d’un ado précoce, brillant, révolté en quête de liberté. En tout cas sa scolarité est exemplaire. C’est un véritable surdoué qui rafle tous les premiers prix. Une fierté, une revanche pour cette mère un peu psychorigide.

Par contre au-delà des aléas des fugues d’Arthur, de ses déboires, de ses voyages hasardeux et malheureux ; malgré l’incompréhension sûrement et la déception du talent gâché reste une réelle complicité entre la mère et le fils. C’est du moins la thèse de Claude Jeancolas – Vitalie Rimbaud – Pour l’amour d’un fils :

« Vitalie, qui n’est jamais allée dans une grande ville, vole à Paris affronter la belle famille de Verlaine pour récupérer les lettres de son fils. Vitalie, qui ne parle aucune langue étrangère et n’est  jamais sortie de France, court à Londres au premier appel désespéré d’Arthur. Vitalie, qui ne comprend rien à Une saison en enfer, en finance l’édition. Vitalie qui s’énerve à toutes ses demandes d’Ethiopie, se hâte dans les librairies, les pharmacies, les usines de la région, pour satisfaire les commandes du fils. Elle se fâche parfois, mais exécute tous les ordres. Vitalie, qui chargée d’investir les économies qu’Arthur envoie d’Afrique, achète un terrain à Roche, juste en face de la ferme familiale, comme si elle croyait que le fils s’y construirait une maison et viendrait finir ses jours avec elle. Vitalie qui écrit chaque quinze jours au fils prodigue. Vitalie qui, à l’alerte de Marseille, se rend derechef au chevet du malade. […] »

La Commune bat son plein. Arthur aux lectures éclectiques a acquis une vraie conscience politique. Obnubilé par Paris envoie des courriers et des poésies tous azimut et exhorte les quelques lettrés de la capital à l’accueillir. Qu’est-ce que Rimbaud y raconte ? « Il dépérit sous l’affreux éteignoir de Charleville où nul ne le comprend ni ne l’aime, que les gens qu’il fréquente lui donnent la nausée, que sa mère, une personne au caractère de vinaigre, ne lui octroie que 10 centimes, tous les dimanches pour payer sa chaise à l’église, que la poésie le dévore vivant et qu’il n’y a pas de salut pour lui en dehors de Paris, paradis des esprits aventureux. »

Dès les premières lignes Verlaine est sous le charme. Il soumet ces poèmes à son entourage et se démène pour financer le voyage et l’hébergement du jeune homme. A première vue, Rimbaud n’est pas un angelot mais un grand gaillard fagoté comme un clochard et particulièrement farouche. Sa rencontre réveille chez Verlaine une véritable sympathie, en même temps qu’un dangereux transfert. Le petit rebelle, la graine de voyou déteint vite sur lui. C’est la fin…des conventions bourgeoises, de la morale, du couple…et le début de tous les dérèglements, des insolences, des scandales, des beuveries, des dépravations…mais aussi d’une quête spirituelle et artistique qui iles cheville l’un et l’autre. Dans cette rencontre explosive, Verlaine cherche à se ressourcer mais son art demeure au niveau de la sentimentalité quotidienne, tandis que Rimbaud accumule les images d’outrance frisant l’hallucination.

Dès son arrivée, les exactions de Rimbaud font le vide autour de lui. Il est exclu des salons et des clubs : dîners des vilains bonshommes et cercle zutique. Les abus des stupéfiants (absinthe et haschich) sont à l’origine de toutes les bravades et bagarres. Les deux hommes sont aspirés dans une spirale infernale.

Leur connivence, leur affection, leur amour deviennent primordial et notoire au point que Rimbaud torpille sans gêne le mariage de son amant. Celui-ci est d’ailleurs particulièrement ambigu, inconstant, timoré. Lorsque ce n’est pas sa femme Mathilde qui tente de le reconquérir et donner une dernière chance à leur couple, c’est lui qui manigance et la harcèle pour ne pas la perdre. Mais on ne peut pas préserver la chèvre et le chou ! Il reportera toujours sur Mathilde ses déboires conjugaux. C’est la justice qui tranchera. Mauté, son beau père, n’a qu’à recueillir les lettres et les témoignages de l’infidélité de Verlaine pour convaincre la cours. La demande d’une pension est au cœur de toutes les rebuffades de Verlaine. Il n’y est pas vraiment question de son jeune fils Georges.

En attendant c’est une fuite en avant pour nos deux compères qui zigzaguent plus qu’ils ne sillonnent l’Europe : Ardennes, Belgique, Angleterre où ils vivent en tirant la vache par la queue, d’expédients et de petits boulots ; « A Londres comme à paris, la vie commune de ce couple androgyne est traversée de rudes querelles. Jour après jour, les coups alternent avec les caresses et en pimentent l’ordinaire. Parfois, ayant bu jusqu’au vacillement, ils se défient, le couteau au poing, et ne s’arrêtent, dégrisés, qu’à la première estafilade. Sans doute le plaisir est-il plus sauvage, plus profond après  de tels affrontements entre la « vierge folle » (Verlaine) et « l’époux infernal » (Rimbaud). L’exil qui les isole au centre du monde étranger, exacerbe leur passion. »

Difficile de résumer les péripéties de leur existence : bougeotte, excitation, excès, folie furieuse, déchéance. Tout prend fin en Belgique au terme d’un chassé croisé digne des plus truculents vaudevilles. Verlaine se convainc de tenter une ultime réconciliation avec sa femme. Il veut rentrer seul à Paris. Mais l’entêtement de Rimbaud à rentrer lui aussi dans la capitale l’accule au pire. Il achète un revolver, et lui tire dessus après une bonne cuite. Il est arrêté et emprisonné au terme d’une poursuite dans les rues de Bruxelles.

La suite est une longue fuite en avant : Londres, Stuttgart, Milan, Marseille, Charleville, Bruxelles, Rotterdam, Chypre…un jour précepteur, l’autre mercenaire en route pour les Indes ou encore chef de chantier. Une dernière brève et orageuse entrevue avec Verlaine à qui il remet son recueil des Illuminations.


C’est au Moyen Orient  qu’il s’installe définitivement, Alexandrie, Aden, Harar enfin en Abyssinie. Dans cette région reculée, il vit chichement du commerce de quincaillerie, d’ivoire et de peaux. Il s’agit de faire des affaires avec les potentats locaux, affaires plus véreuses que juteuses. Arthur Rimbaud mène une vie austère, méditative, faite d’attente, de solitude, de courses folles pour ouvrir de nouvelles routes commerciales. Il joue les explorateurs. Des projets, il en a plein la tête mais pas un qui fasse sa fortune. Il n’est pas prêt de vivre de ses rentes !

Ce qui semble insensé, c’est la rupture avec l’écriture, plus une ligne de poésie ; des courriers qui permettent de suivre sa trace, un rapport assez aride à l’attention de la Société de Géographie, c’est tout !

Il se met à son compte rassemble une caravane pour approvisionner Ménélik en armes mais les autorités lui mettent des bâtons dans les roues. Il cèdera sa marchandise à perte.

Les années passent et les fatigues de ses longues expéditions se font ressentir. Il a mal au genou, se fait rapatrier sur Marseille où il est finalement amputé. Ses soucis de santé s’aggravent, six mois plus tard il s’éteint. Il a 37 ans.

C’est justement ce Rimbaud là qu’Alain Borer nous propose de découvrir en suivant ses traces en Abyssinie. Etrange essai, passionné, foisonnant, riche dans lequel l’auteur s’imprègne du voyage, du paysage, des visages pour évoquer le poète. Il essaie de pénétrer la personnalité profonde de Rimbaud, de percevoir la continuité plus que la rupture – communément admise par les critiques - entre le poète et le négociant, entre le sauvageon et l’ascète. Déroutant !


Au Cabaret Vert

 
Cinq heures du soir

Depuis huit jours, j'avais déchiré mes bottines

Aux cailloux des chemins. J'entrais à Charleroi.

Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines

De beurre et du jambon qui fût à moitié froid.

 

Bienheureux, j'allongeai les jambes sous la table

Verte : je contemplai les sujets très naïfs

De la tapisserie. Et ce fut adorable

Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,

 

Celle-là, ce n'est pas un baiser qui l'épeure !

Rieuse, m'apporta des tartines de beurre,

Du jambon tiède, dans un plat colorié,

Du jambon rose et blanc parfumé d'une gousse

D'ail, et m'emplit la chope immense, avec sa mousse

Que dorait un rayon de soleil arriéré.

 

L’été tire à sa fin, on ferme tous les bouquins. Dernier clin d’œil à Rimbaud avant boucler les valises : Le cabaret vert. Cette année le Festival attire du people. Le camping est blindé, l’ambiance est embuée. C’est Woodstock ! Il fait beau. 3 jours de musique non-stop : métal, ska, chanson, électro, pop, rockabilly, hiphop, rock…et une programmation d’arts de la rue : créatures sur échasses, jongleurs, cracheurs de feu…Standing ovation pour :

 

Kowaï – un jeune groupe ardennais qui vaut vraiment le détour – il s’était produit sur la petite scène en 2007 et il tourne en boucle dans la logan.

Barcella – cette année 2008, ce marnais a été promu sur la grande scène – son répertoire de chansons françaises ne manque ni d’humour, ni de piquant.
Girls in hawaii – un groupe de pop belge – ambiance douce amère et planant
Enfin – j’ai hâte de le recevoir de la BDVO –
Beat Assailant – Hip Hop/Soul – Cuivres jazzy, cordes frôlées, chœur affriolant, scratch endiablé…Succès assuré dans le public


2 sites intéressants [1] et [2] et une  bibliographie complète à la bibliothèque



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Published by gilles barba - dans ARCHIVES LIVRES
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